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25 février 2016 - Mis à jour le 8 mars 2016

Avec RSF à Washington, la femme de Dündar plaide pour sa libération


En visite à Washington et soutenue par Reporters sans frontières (RSF) la femme de Can Dundar, journaliste du quotidien turc Cumhuriyet actuellement emprisonné avec son confrère Erdem Gül, a rencontré de hauts représentants du gouvernement américain, des membres du Congrès et des journalistes afin de les sensibiliser à la situation de son mari accusé d'« espionnage », de « tentative de coup d'État », d'« assistance à une organisation terroriste ».

Pendant la conférence de presse organisée par RSF au National Press Club à Washington en présence de la journaliste d'investigation du Washington Post Dana Priest, le correspondent d'Hürriyet à Washington Tolga Tanis, le journaliste du New York Times James Risen, et du journaliste renommé du Washington Post Carl Bernstein, Dilek Dündar a dit “espérer une décision indépendante de la Cour constitutionnelle et que Can et Erdem seront bientôt libérés.” La Cour constitutionnelle turque devrait prendre une décision demain pour libérer Can et Erdem en attente de leur procès, qui débutera le 25 mars.

Dans un message diffusé par vidéo à la conférence de presse, le journaliste d’investigation Carl Bernstein, rendu célèbre pour avoir partagé le prix Pulitzer avec Bob Woodward suite à leur enquête sur le Watergate dans le Washington Post en 1973, a déclaré que la Turquie a “institué une répression systématique des médias, se servant du terrorisme comme écran de fumée pour justifier les arrestations et détentions de plusieurs journalistes renommés qui n’ont commis aucun crime, sauf la poursuite de la vérité.” Tolga Tanis, correspondent d’Hürriyet à Washington, faisait écho à ces remarques: “quand on fait son travail de journaliste en Turquie, on se retrouve en prison.” La journaliste d’investigation et aussi lauréate d’un prix Pulitzer pour le Washington Post Dana Priest a souligné à quel point les journalistes américains comptent sur les journalistes à l’étranger pour “raconter la vérité,” et a encouragé ses collègues de “ne pas hésiter à défendre leurs collègues journalistes.”

Le rédacteur en chef du quotidien indépendant Cumhuriyet Can Dündar et son représentant à Ankara Erdem Gül ont été arrêtés le 26 novembre 2015. Le président Recep Tayyip Erdogan et le chef des services de renseignements turcs (MIT), Hakan Fidan, leur reprochent leurs révélations sur des livraisons d’armes du MIT à destination de groupes islamistes syriens. Le parquet requiert pour chacun d’entre eux la prison à vie sans possibilité d’amnistie, assortie d’une autre peine de prison à vie et de 30 ans de prison.

La video de la discussion est disponible ici.

Le journaliste du New York Times James Risen a dénoncé les charges “outrageantes” requises contre Can et Erdem, ainsi que la “répression ridicule des journalistes” en Turquie. Il a également souligné l’importance de l’enquête de Can et Erdem pour le peuple américain, surtout parce que “les journalistes américains comptent sur les journalistes étrangers sur le terrain pour les informer de ce qui se passe.”

La liberté de l’information est actuellement attaquée en Turquie, avec une répression contre le journalisme indépendant qui s’intensifie, et un accroissement de la cyber-censure et des arrestations et poursuites arbitraires,” a déclaré Delphine Halgand, directrice de RSF aux États-Unis. “L’abus des lois anti-terrorisme pour poursuivre Can Dündar et Erdem Gül est seulement le dernier exemple d’une série de cas similaires en Turquie, et l’un parmi plusieurs développements qui démontrent un accroissement de l'autoritarisme et une dégradation flagrante de la liberté de la presse.

Étant donné que le climat actuel en Turquie et à ses frontières devient de plus en plus dangereux, le gouvernement fonctionne dans un contexte difficile. Mais rétrécir l’espace de la liberté de débat et réprimer l’expression du désaccord ne servent qu’à diviser et affaiblir le pays,” a dit Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF.

La Turquie figure aujourd’hui à la 149e place (sur 180) du Classement 2015 sur la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.