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16 mars 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Attentat contre le directeur de La Voz de Zacate Grande : la police veut taire le scandale


Une nouvelle fois, la radio communautaire La Voz de Zacate Grande est victime de persécutions en raison de sa position sur le conflit foncier dans la région du même nom. Le président du conseil d’administration de la radio, Franklin Meléndez a été victime d’un attentat par balles, le 13 mars 2011, par des individus hostiles la ligne éditoriale du média. Blessée à la jambe et hospitalisée, la victime se trouve dans un état stable d’après les informations transmises par l’Association mondiale des radios communautaires (AMARC). Aucune suite judiciaire n’a été donnée à cet attentat dont les auteurs sont pourtant clairement identifiés. Ni Franklin Meléndez ni le personnel de La Voz de Zacate Grande n’ont bénéficié de la moindre mesure de protection. Plus scandaleux encore, la police a appelé la radio pour demander à la rédaction de “ne pas faire de scandale”. “Occupation militaire, contrôle judiciaire absurde de deux correspondantes, intimidations répétées et maintenant un attentat laissé délibérément impuni. L’inaction des autorités ne relève pas ici de la négligence mais du parti-pris assumé. Police et justice, qui n’ont d’ailleurs jamais accédé à la plainte de la radio contre Miguel Facussé Barjum, agissent en réalité dans l’intérêt de ce dernier, au mépris des libertés fondamentales dont celle d’informer. Une violation aussi flagrante des principes constitutionnels appelle la réaction urgente du gouvernement de Tegucigalpa et des plus hautes instances judiciaires. Miguel Facussé Barjum et ses soutiens doivent répondre publiquement de cet acharnement contre une communauté et son média”, a déclaré Reporters sans frontières. Franklin Meléndez se trouvait en compagnie de deux correspondants de la radio et d’un représentant d’une récente mission internationale d’observation sur les droits de l’homme, lorsque les dénommés Jorge Sánchez et Porfirio Medina l’ont abordé. Les deux hommes ont fustigé le soutien de la station à la résistance des communautés paysannes de Zacate Grande face au magnat des agrocombustibles Miguel Facussé Barjum. Jorge Sánchez a menacé de mort Franklin Meléndez, aussitôt cible d’un coup de feu tiré par Porfirio Medina. Les proches de l’agresseur ont ensuite multiplié les appels menaçants contre la station et son personnel. Les médias communautaires sont évidemment les plus exposés aux représailles de potentats locaux, souvent soutenus en haut lieu. La violence politique surgi du coup d’État du 28 juin 2009 a encore aggravé leur calvaire. Au nom du pluralisme, Reporters sans frontières continuera notamment de soutenir La Voz de Zacate Grande et de la station communautaire afro-hondurienne (Garifuna) Radio Faluma Bimetu aussi appelée Radio Coco Dulce. L’organisation constate à nouveau qu’aucune action concrète n’a été menée en faveur de la presse audiovisuelle d’opposition ou réputée telle. Des médias comme Radio Uno, Radio Globo ou Canal 36 restent les cibles d’attaques, de sabotages ou de manœuvres de censure. Les mesures de protection, ordonnées par Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) au bénéfice des journalistes de Radio Progreso, n’ont jamais été appliquées Elle condamne également la récente hostilité et les menaces de poursuites, dans l’enceinte du Congrès, manifestées par le commissaire (comisionado) de l’Institut d’accès à l’information publique (IAIP) Arturo Echenique Santos contre une journaliste du site Revistazo. Ce média en ligne est, lui aussi, dans le collimateur depuis le coup d’État.