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26 mai 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Assassinat d’un rédacteur en chef à Benghazi


Reporters sans frontières condamne avec la plus grande fermeté l’assassinat du rédacteur en chef du journal public Burniq, Muftah Bu Zeid, le lundi 26 mai à Benghazi. Vers 10h30 du matin, Muftah Bu Zeid a été violemment assassiné en pleine rue alors qu’il venait de descendre de son véhicule rue Istiqlal (anciennement rue Jamal Abdel Nasser), dans le centre de Benghazi. Des hommes armés en voiture ont tiré sur le journaliste à trois reprises. Il a été touché à la tête et à l’abdomen. Cela faisait plusieurs années que Muftah Bu Zeid travaillait au sein du populaire journal hebdomadaire Burniq. Âgé de 59 ans, il était un journaliste très respecté par la population Benghaziote pour ses prises de positions publiques, fermes et audacieuses, contre les groupes extrémistes opérant dans l’est du pays. La veille, Muftah Bu Zeid avait été invité par la chaîne satellitaire privée Libya Al-Ahrar pour discuter des derniers événements survenus en Libye et du contexte politique et sécuritaire actuel, de plus en plus inquiétant pour l’avenir du pays. Quelques jours plus tôt, il avait confié au journal Al-Quds Al-Arabi qu’il avait récemment reçu des menaces directes le sommant de quitter le territoire libyen dans les vingt-quatre heures au risque de sa vie. La situation des professionnels des médias en Libye n’a cessé de se détériorer depuis la fin de la révolution du 17 février qui avait entraîné la chute du Col. Muammar Al-Kadhafi et mis un terme à plus de quatre décennies d’un régime autoritaire poignant, caractérisé entre autre par un musèlement acharné des médias. Selon la directrice des programmes de la chaîne satellitaire privée Libya Al-Ahrar à Benghazi, Khadiha El-Emaime, contactée par Reporters sans frontières, “en tant que journalistes et acteurs de l’information, nous sommes tous confrontés à la même situation d’insécurité permanente à Benghazi, nous continuons tous de recevoir des menaces quotidiennes à cause de notre profession et nous pouvons tous également être tués à n'importe quel moment”. Reporters sans frontières demande expressément aux autorités libyennes de mener le plus rapidement possible une enquête afin d’élucider les raisons de cet assassinat et d’en identifier les auteurs, qui doivent impérativement répondre de leurs actes devant la justice. “Nous rappelons avec véhémence qu’il est crucial que la sécurité des journalistes soit impérieusement garantie au sein du nouvel Etat libyen, sans quoi les médias se trouvent dans l’impossibilité d’exercer leurs activités librement. A la lumière du climat de violence qui règne contre les acteurs de l’information dans le pays, il apparaît essentiel que la piste professionnelle ne soit pas être écartée dans le tragique assassinat de Muftah Bu Zeid,” déclare Lucie Morillon, directrice de la Recherche de l'organisation. "Des dispositions législatives et judiciaires doivent être urgemment adoptées afin que l'impunité cesse de prévaloir sur l’Etat de droit tout en permettant de garantir que les libertés d’expression et d’information soient protégées et respectées, condition nécessaire à l’établissement d’une société démocratique viable sur le long terme en Libye."