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2 juin 2006 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Assassinat de Samir Kassir : un an d'impunité


Reporters sans frontières s'est mobilisée pour le journaliste franco-libanais Samir Kassir, le vendredi 2 juin 2006 à 10h30, sur le parvis des droits de l'homme, place du Trocadéro à Paris. A cette occasion, une cinquantaine de militants de l'organisation ont déployé un drapeau libanais de 150m2 sur lequel était dessiné le portrait de Samir Kassir.
Reporters sans frontières s'est mobilisée pour le journaliste franco-libanais Samir Kassir, le vendredi 2 juin 2006 à 10h30, sur le parvis des droits de l'homme, place du Trocadéro à Paris. A cette occasion, une cinquantaine de militants de l'organisation ont déployé un drapeau libanais de 150m2 sur lequel était dessiné le portrait de Samir Kassir. “Une année s'est déjà écoulée depuis la mort de Samir Kassir. Il est grand temps que Paris et Beyrouth conjuguent leurs efforts dans ce dossier. Nous déplorons le retard qu'a pris l'enquête. La justice française a pourtant été saisie dès juillet 2005. Toutes les personnes concernées par cette affaire doivent être entendues le plus vite possible”, a déclaré l'organisation qui s'est constituée partie civile dans cette affaire. "Nous attendons également une déclaration officielle des autorités libanaises. Elles doivent s'engager à recevoir rapidement le juge Jean-Louis Bruguière", a ajouté Reporters sans frontières. Contactée par l'organisation, Gisèle Khoury, veuve de Samir Kassir, a affirmé être très inquiète de la lenteur de la justice française. "Le temps ne joue pas en notre faveur. Aujourd'hui le camp pro-syrien reprend de l'élan dans la vie politique libanaise. Cela donne de l'espoir aux criminels. Le juge Jean-Louis Bruguière aurait dû venir, comme prévu initialement, en décembre 2005 lorsque les quatre généraux soupçonnés dans l'assassinat de Rafic Hariri ont été arrêtés. Si je dois attendre la vérité pendant plus de 20 ans comme le cas de Michel Seurat, qu'on me le dise clairement, a déclaré la veuve du journaliste, les autorités libanaises m'ont affirmé être prêtes à recevoir le juge Jean-Louis Bruguière depuis le mois de mai. Qu'est-ce qui le retarde? Il faudrait qu'il se rende à Beyrouth le plus vite possible". William Bourdon, avocat de la famille de Samir Kassir et du du journal Al-Nahar, a déclaré avoir "entrepris un certain nombre de démarches pour accélérer le voyage du juge Bruguière. A priori, ce déplacement aura lieu d'ici deux mois. Nous attendons beaucoup de lui". L'avocat a par ailleurs ajouté que "certaines auditions ont déjà eu lieu". Rappel des faits Samir Kassir a perdu la vie le 2 juin 2005, dans l'explosion de sa voiture, garée devant son domicile dans le quartier d'Achrafieh, à l'est de Beyrouth. Editorialiste depuis dix ans du quotidien An-Nahar ("Le Jour" en arabe, tiré à 55 000 exemplaires), écrivain et historien, Samir Kassir était également le correspondant de la chaîne francophone internationale TV5 et avait longtemps collaboré au mensuel français Le Monde diplomatique. Professeur de sciences politiques à l'université Saint-Joseph de Beyrouth, le journaliste était aussi l'un des membres fondateurs du mouvement de la Gauche démocratique (opposition) et avait participé aux protestations antisyriennes du printemps 2005. Persécuté et menacé depuis des années pour ses positions et ses dénonciations du "régime libanais policier", Samir Kassir avait été pris à partie par des agents de la Sûreté générale en 2000. Son passeport libanais avait été saisi. Le journaliste avait ensuite déclaré qu'il était constamment suivi par les services de renseignements libano-syriens. L'ancien Premier ministre assassiné, Rafic Hariri, l'avait alors pris sous sa protection. Son dernier éditorial, publié le 27 mai 2005 et intitulé "Gaffe après gaffe", stigmatisait "la poursuite de la répression en Syrie". 2005 a été une année noire pour les professionnels des médias libanais. Trois d'entre eux ont été victimes d'attentats non élucidés. Samir Kassir, éditorialiste du quotidien An-Nahar, a perdu la vie le 2 juin 2005, dans l'explosion de sa voiture. Six mois plus tard, c'est Gebrane Tuéni qui décédait dans un autre attentat. La voiture de May Chidiac, présentatrice vedette de la chaîne LBC (Lebanese Broadcasting Corporation) a explosé le 25 septembre 2005, blessant grièvement la journaliste.