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30 décembre 2016 - Mis à jour le 6 février 2017

Arrestation d’un journaliste sur fond de contestation sociale dans la plus grande région industrielle du Bangladesh

Nazmul Huda le 23 décembre 2016
Le journaliste Nazmul Huda a été arrêté pour sa couverture du mouvement social qui agite depuis la mi-décembre la zone industrielle où sont produits les vêtements des grandes marques occidentales comme Gap, Zara et H&M. Reporters sans frontières demande la libération immédiate du journaliste qui s’était illustré en 2013 en lançant l’alerte sur le délabrement du Rana Plaza.

Nazmul Huda, correspondant local pour le réseau satellite privé Ekushey TV (ETV) ainsi que pour le quotidien Bangladesh Pratidin a été arrêté le 24 décembre dernier. Son ordinateur, son téléphone portable et sa voiture ont également été saisis. La police l’accuse d’avoir diffusé de fausses informations et d’avoir encouragé les protestations des ouvriers à Ashulia. C’est dans cette zone industrielle de la banlieue de la capitale Dacca, où se trouvent les plus grandes usines de textile du pays, qu’un mouvement de grève a commencé le 13 décembre dernier.


Le responsable de la police de Dacca a précisé à l’Agence France Presse que le journaliste est également accusé d’avoir “déstabilisé le gouvernement”. Il est enfin reproché au journaliste “d’avoir eu des rencontres secrètes avec sept responsables syndicaux”, qui ont eux-mêmes été arrêtés.


Les autorités bangladaises affirment avoir procédé à l’interpellation du journaliste sur la base de l’article 57 de la loi sur l’information, la communication et la technologie (ICT, Information, Communication & Technology Act). Selon cet article, “si une personne diffuse délibérément des contenus par voie électronique qui entraînent une détérioration de l’ordre public, portent atteinte à l’image de l’Etat ou d’une personne, ou d’une croyance religieuse, le contrevenant sera passible d’une peine de prison maximale de 14 ans et minimale de 7 ans.”


Reporters sans frontières rappelle avoir demandé l’abrogation de la loi ICT qui “permet au gouvernement de museler les net citoyens, de les arrêter et de les maintenir en détention sans motif légitime”. L’organisation pointe notamment du doigt une série d’amendements adoptés en 2013 “qui autorisent clairement les pratiques abusives de la part des forces de l’ordre à l’encontre des acteurs de l’information".


Harun Ur Rashid, correspondant local pour la Deutsche Welle (DW) et ancien responsable de la programmation à ETV rappelle que Nazmul Huda s’était illustré en 2013 en étant le premier et le seul journaliste à avoir filmé les fissures sur les piliers du Rana Plaza. Son reportage alertant sur le délabrement du bâtiment avait été diffusé la veille de l’effondrement de l’édifice. La catastrophe, l’une des plus graves du monde industriel, avait coûté la vie à 1.138 personnes et fait plus de 2.000 blessés. Harun Ur Rashid salue “le courage inégalé” de son collègue qui aurait reçu de nombreuses menaces de mort après l’arrestation du propriétaire du Rana Plaza, avant de préciser qu’il mériterait d’être récompensé pour son travail plutôt que “d’être traité ainsi par les autorités.”


Deux jours avant l’arrestation de Nazmul Huda, le puissant regroupement industriel Bangladesh Garment Manufacturers and Exporters Association (BGMEA) a décidé de fermer 55 usines d'Ashulia “par crainte d’actes de vandalisme”. Pour les syndicats, cette fermeture est destinée à briser la grève et faire pression sur les ouvriers qui réclament une hausse de salaire.


Le Bangladesh figure à la 144ème place sur 180 pays au Classement de la liberté de la presse 2016 établi par Reporters sans frontières.