Arabie Saoudite

Les blogueurs sont confrontés aux forces traditionnelles de la société saoudienne, qui tentent d’empêcher Internet de devenir un espace de discussions libre. Un arsenal législatif est destiné à intimider les net-citoyens et favorise l’autocensure.

L’Arabie saoudite fait partie des premiers pays à avoir reçu l'autorisation d'écrire des noms de domaine Internet en arabe. Le taux de pénétration d’Internet, estimé à ce jour à environ 38 % de la population, est en progression. Pourtant, le pays reste l’un des plus répressifs envers Internet. Filtrage sévère et délation Un filtrage très strict cible tout contenu à caractère pornographique ou « moralement répréhensible ». Des sites qui abordent la question de la religion, les droits de l’homme ou les prises de position de l’opposition sont également rendus inaccessibles. Loin de s’en cacher, les autorités assument leurs choix de censure et revendiquent le blocage d’environ 400 000 sites. L’Unité des services d’Internet en explique d’ailleurs le principe sur son site www.isu.net.sa/saudi-internet/contenet-filtring/filtring.htm. Il tient à la disposition des citoyens un formulaire pour demander le blocage ou le déblocage d’un site. Et ceux-ci ne s’en privent pas. L’Agence des télécommunications et des technologies de l’information a récemment déclaré que le nombre de ces demandes de blocage concerne entre 700 et 1000 sites par jour, soit une moyenne de 300 000 sites « dénoncés » par des citoyens par an. Un représentant de la même agence estime que 93% des sites filtrés sont à caractère pornographique. Le reste concernerait des sites qui diffusent de l’information « contraire aux valeurs du royaume ». L'agence reconnaît pourtant dans une étude récente que 55 % des utilisateurs sont préoccupés par ces blocages de sites et les trois quarts estiment que le filtrage actuel est exagéré. Des cybercafés sous surveillance Les cybercafés se sont vu imposer des restrictions draconiennes en avril 2009. Ils doivent désormais installer des caméras cachées, fournir une liste des clients et des sites consultés, ne pas permettre l’utilisation de cartes prépayées ou de liaisons Internet par satellite non autorisées, fermer à minuit et ne pas accepter de mineurs. Leurs propriétaires encourent une peine de prison si leurs locaux sont utilisés pour diffuser des informations contraires aux « valeurs du royaume » et ce en vertu de la nouvelle loi sur l’utilisation de la technologie, entrée en vigueur en janvier 2008. Cette loi prévoit également des peines de prison de dix ans pour les responsables de sites Internet qui soutiennent le terrorisme et cinq ans pour ceux qui diffusent des informations à caractère pornographique ou en violation des valeurs religieuses et sociales du pays. Des net-citoyens de plus en plus actifs L’Arabic Network for Human Rights Information estime à 10 000 le nombre de blogs actifs, en arabe et en anglais, dans le pays. Les blogueurs qui abordent des sujets sensibles s’exposent aux représailles des censeurs. Pour la première fois, les autorités saoudiennes ont emprisonné, en 2008, un blogueur, Fouad Al-Farhan, pour avoir publié sur son blog (http://www.alfarhan.org) un article décrivant les « avantages » et les « inconvénients » d’être musulman. En juillet 2009, le blogueur syrien, Raafat Al-Ghanim, résidant en Arabie Saoudite, a à son tour été arrêté. Il n’hésitait pas à critiquer, sur des forums syriens et saoudiens, la situation sociale et politique dans les deux pays. On est sans nouvelles de ce blogueur depuis son arrestation. Récemment, les sites participatifs ont été tout particulièrement visés par les censeurs. Le site newarabia.org, un forum de discussion politique, est inaccessible dans le pays. La plate-forme blogger.com, initialement bloquée dans son intégralité, est désormais l’objet d’une censure ciblée de son contenu, preuve que les autorités ne peuvent pas non plus empêcher les blogueurs d’exister. Les autorités s’en sont pris pour la première fois aux utilisateurs saoudiens du site de micro-blogging Twitter en août dernier. Les pages Twitter de deux militants des droits de l’homme, Khaled al-Nasser et Walid Abdelkhair, ont alors été bloquées. La journaliste américaine, Courtney C. Radsch, qui travaillait à Dubaï pour le site Internet de la chaîne saoudienne d’informations Al-Arabiya, a été licenciée en octobre 2009 suite à la parution sur le site Internet d’un article sur les violations des normes de sécurité par la compagnie aérienne nationale Emirates Airlines. Perdant ainsi son visa de travail, elle a été contrainte de quitter le pays. Le site du journal Al Watan a été hacké en novembre dernier. Sur la page d’accueil apparaissait sur fond noir l’inscription suivante : « Il n’y a de Dieu que Dieu et Mohammed est son prophète ». Le journal ferait l’objet d’attaques constantes depuis la parution d’un article critiquant des religieux ayant dénoncé le régime de mixité dans la nouvelle faculté, King Abdullah University of Science and Technology. Le contrôle du Net en Arabie saoudite est aussi révélateur de la volonté d’assurer le maintien de l'ordre social. Car le Net a fourni un espace d’expression inédit aux femmes. Elles représentent plus de la moitié des blogueurs et les deux tiers des internautes saoudiens. Elles y abordent des sujets tabous en public, tels que la santé. Liens : http://www.gulfissues.net/ : site d’informations sur les pays du Golfe (anglais)
http://saudijeans.org/ : blog d’un étudiant de Riyad (anglais)
http://www.elaph.com : site d’informations sur le monde arabe (arabe)
http://arabictadwin.maktoobblog.com/ Union des blogueurs
Publié le
Updated on 20.01.2016