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19 mars 2004 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Affaire Ilaria Alpi : dix ans plus tard, un nouvel espoir de vérité ?


Dix ans après l'assassinat d'Ilaria Alpi et de Miran Hrovatin, une commission d'enquête parlementaire a été spécialement mise en place pour faire enfin la lumière sur le lien entre ce double meurtre et un trafic illégal d'armes et de déchets toxiques entre l'Italie et la Somalie.
Ilaria Alpi, journaliste à la télévision publique italienne RAI 3, et Miran Hrovatin, cameraman slovène, ont été assassinés le 20 mars 1994 à Mogadiscio, en Somalie. Dix ans plus tard, une commission d'enquête parlementaire italienne tente d'établir la vérité sur ce double meurtre. Reporters sans frontières a fait part de son soutien et de ses attentes au président de cette commission d'enquête, Carlo Taormina. "Les meurtres impunis d'Ilaria Alpi et de Miran Hrovatin sont une page noire dans l'histoire de la liberté de la presse. Vous avez aujourd'hui le pouvoir, les moyens et le devoir de faire enfin éclater la vérité. La commission que vous présidez représente le dernier espoir de faire la lumière sur les circonstances de la mort des deux journalistes", a souligné Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières. L'organisation a demandé à être informée des avancées de l'enquête. Créée le 31 juillet 2003, la commission d'enquête parlementaire sur la mort d'Ilaria Alpi et de Miran Hrovatin a commencé ses travaux le 21 janvier 2004 et doit présenter ses conclusions au Parlement en septembre. Composée de vingt députés et dotée des mêmes pouvoirs qu'une autorité judiciaire, elle est chargée d'établir les mobiles et les circonstances du double meurtre. De nombreux éléments, ainsi que les lacunes, les contradictions et les zones d'ombre entourant l'enquête initiale, semblent accréditer la thèse selon laquelle Ilaria Alpi et Miran Hrovatin ont été assassinés pour avoir cherché des informations sur un trafic illégal d'armes et de déchets toxiques dans le cadre du programme de coopération et de développement entre l'Italie et la Somalie. Les parlementaires doivent vérifier cette piste qui impliquerait les hautes sphères politiques, militaires et économiques des deux pays, et évaluer le rôle des différentes institutions italiennes au cours de l'enquête, entachée d'irrégularités. A ce stade, les travaux de la commission se concentrent sur les circonstances du décès des journalistes, afin de déterminer si le double meurtre était prémédité. Le résultat du premier examen médical réalisé sur le corps d'Ilaria Alpi en mars 1994 sera pris en compte par la commission. Ce document, dont on avait perdu la trace depuis dix ans, indique que la journaliste a été exécutée. Carlo Taormina a demandé l'exhumation du corps d'Ilaria Alpi afin de pratiquer de nouvelles analyses. Le 26 juin 2002, la cour d'assises de Rome avait confirmé la culpabilité du Somalien Hashi Omar Hassan, accusé d'avoir fait partie du commando ayant assassiné les journalistes. La cour estimant que les meurtres avaient été commis sans préméditation, sa condamnation à vie avait été commuée en une peine de 26 ans de réclusion. Reporters sans frontières sera associée à la dixième édition du Prix Ilaria Alpi dédié au journalisme d'investigation et aux productions indépendantes, qui rendra hommage à la journaliste et à son cameraman à Riccione, en Italie, du 2 au 5 juin 2004. Plus d'informations :