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31 mars 2006 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Affaire Chalva Ramichvili: Reporters sans frontières doute du fondement des accusations


Un juge vient de condamner à quatre et trois ans de prison deux journalistes indépendants, accusés d'un crime qu'ils n'ont probablement pas commis. L'affaire lève le voile sur les tentatives du gouvernement de faire taire les médias critiques. Reporters sans frontières plaide pour la libération des journalistes, si aucun élément probant ne démontre leur culpabilité en appel. читайте на русском

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Le 29 mars 2006, un tribunal de Tbilissi (capitale) a condamné Chalva Ramichvili, cofondateur de la chaîne de télévision indépendante 202 et David Kokhreidze, directeur général de la chaîne, à respectivement quatre et trois ans de prison pour « extorsion de fonds ».

Les autorités les accusent d'avoir fait chanter, lors d'une interview, un député de la majorité gouvernementale, Koba Bekauri, et de lui avoir extorqué la somme de 100 000 dollars. D'après l'accusation, les deux journalistes auraient voulu acheter le silence du député parce qu'ils possédaient des informations compromettantes à son sujet. Les journalistes affirment qu'ils voulaient piéger le député qui venait d'acquérir une société de dédouanement privé dans des circonstances plutôt obscures.

La corruption des fonctionnaires, mal généralisé dans le pays, devait faire l'objet de leur prochaine émission d'investigation. Mais les deux journalistes ont été filmés à leur insu par une caméra dissimulée par le député lui-même. Ce document a été utilisé comme élément à charge par le juge.

« Les preuves avancées par l'accusation pour étayer la thèse de l'extorsion de fonds nous paraissent minces. Selon nous, le juge n'a pas suffisamment pris en compte le métier des accusés et les méthodes d'investigation, parfois radicales, utilisées par les journalistes pour piéger un fonctionnaire corrompu », a déclaré Reporters sans frontières.

« Le juge n'a pas non plus établi pourquoi le député avait caché une caméra, fait plutôt inhabituel pour un élu qui accorde une interview. Enfin, les peines prononcées nous paraissent disproportionnées. Si l'accusation n'apporte pas d'éléments plus probants, nous estimons que, lors du procès en appel, les juges n'auront pas d'autre choix que d'innocenter les deux journalistes », a ajouté l'organisation.

Chalva Ramichvili et David Kokhreidze avaient été arrêtés le 27 août 2005 et placés, depuis cette date, en détention préventive suite aux accusations du député Koba Bekauri. Ils ont toujours clamé leur innocence, s'estimant victimes d'une provocation. Leurs avocats ont déclaré, à l'issue du verdict, que leur condamnation était politique.

Les partis d'opposition présents à l'audience ont annoncé qu'ils s'attendaient à un tel jugement et dénoncé le manque d'indépendance de la cour. L'opposition accuse en effet le gouvernement du président Mikhaïl Saakachvili, vainqueur de la révolution des « Roses » de 2003, de vouloir reprendre le contrôle des médias. Les deux journalistes étaient réputés pour leurs talk-shows virulents contre le chef de l'Etat et la corruption des fonctionnaires du pays.

Le député Koba Bekauri s'est vu retiré son immunité parlementaire en février parce que ses activités économiques ont été reconnues incompatibles avec sa fonction d'élu. Dans l'affaire Ramichvili, l'opposition considère que les autorités cherchent à faire taire l'un des rares médias critiques. La chaîne 202 est la seule station indépendante du pays.

Les avocats des journalistes ont déclaré qu'ils allaient faire appel dans les quinze jours qui leur sont impartis.