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26 novembre 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Abdel Fattah Al-Sissi à Paris: lettre ouverte à François Hollande


Monsieur le Président de la République, Vous recevez ce mercredi 26 novembre votre homologue égyptien, M. Abdel Fattah Al-Sissi. A cette occasion, Reporters sans frontières, organisation de défense de la liberté de l’information, attire votre attention sur la situation critique des médias et des journalistes en Egypte. Dans ce pays, situé à la 159e place sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse, le pouvoir exerce une terrible répression contre les journalistes sous la bannière de la lutte contre le terrorisme. Au nom de cette lutte, les arrestations, détentions et poursuites judiciaires contre les journalistes se sont multipliées ces derniers mois. La “chasse aux Frères musulmans” et à leurs proches a jeté en prison de nombreux journalistes égyptiens et étrangers, dont le seul tort est d’avoir exercé leur métier. A ce titre, la chaîne quatarie Al-Jazeera est tout particulièrement dans le viseur des autorités. La condamnation de trois journalistes de la chaîne en juin dernier à des peines allant de sept à onze ans de prison a déclenché un tollé international. Leur procès en appel doit avoir lieu le 1er janvier 2015. Depuis la destitution du président Morsi le 3 juillet 2013, plus d’une vingtaine de journalistes et d’activistes ont été arbitrairement détenus, sous prétexte d’avoir travaillé pour un média appartenant ou affilié aux Frères musulmans. Nombre d’entre eux ont entamé une grève de la faim. Rien qu’en 2014, au moins 30 journalistes ont été arbitrairement interpellés, accusés d’avoir participé ou organisé des manifestations ou de soutenir une organisation terroriste. Les autorités ne reculent devant rien pour museler les voix qui dérogent aux versions officielles, bafouant ainsi les garanties constitutionnelles inscrites à l’article 71. Cet article interdit pourtant le recours à la censure et à des peines privatives de liberté pour les délits de presse. Les autorités ne souffrent que les versions conformes à la ligne du régime. Récemment, plus de 600 journalistes se sont mobilisés pour dénoncer l’alignement de certains médias égyptiens sur le gouvernement, lequel interdit toute critique des institutions dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Monsieur le Président, la situation des libertés fondamentales, dont la liberté d’information, a atteint aujourd’hui un niveau sans précédent en Egypte depuis la chute d’Hosni Moubarak. Nous voulons souligner qu’en dépit des intérêts stratégiques qui lient la France et l’Egypte, les préoccupations économiques et sécuritaires ne doivent pas faire oublier les chantiers à mettre en œuvre afin d’établir durablement la démocratie dans le pays. Nous vous demandons respectueusement d’affirmer à M. Abdel Fattah Al-Sissi que la dérive actuelle est incompatible avec l’approfondissement des relations entre Paris et Le Caire. Confiant dans l’intérêt que vous porterez à notre requête, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération. Christophe Deloire
Secrétaire général de Reporters sans frontières