Lettre à Barack Obama pour qu’il n’occulte pas la liberté d’expression lors de sa visite au Caire

Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières, a adressé une lettre au président américain Barack Obama, le 29 mai 2009, afin de lui faire part de la situation de la liberté de la presse en Égypte, alors qu'il se trouve au Caire et s'apprête à prononcer un discours sur “le monde arabe”. Pour l'organisation internationale de défense de la liberté de la presse, Barack Obama a “toujours fait valoir que (sa) présidence serait placée sous le signe de l'engagement en faveur des droits de l'homme”. Or, en Égypte, 32 articles du code pénal, de la législation sur la presse, de celle sur les publications, de celle relative aux documents d'État (qui interdit notamment aux journalistes d'accéder à certains contenus officiels), à la fonction publique, aux partis politiques, pénalisent la presse. De plus, selon le système législatif, il est possible pour les autorités de choisir les magistrats qui vont juger une affaire de presse. Les instances judiciaires du pays enregistrent d'ailleurs, en moyenne, une plainte par jour relative à la liberté d'expression : actions contre des journaux, des journalistes, des sites Internet et des blogueurs. Ainsi, le blogueur Kareem Amer a été condamné à quatre ans de prison, le 22 février 2007, pour avoir "incité à la haine de l'islam" et “insulté” le président égyptien sur son blog. Il avait également émis des critiques sur les plus hautes institutions religieuses du pays, en particulier l'université sunnite Al-Azhar, où il étudiait le droit. ”Nous estimons que l'abolition de la loi d'état d'urgence, la libération de Kareem Amer, la dépénalisation des délits de presse et l'abandon du projet de loi destiné à réguler Internet, ne peuvent être passés sous silence lors de votre séjour en Égypte. Le 1er mai dernier, vous avez en effet déclaré “soutenir” et “admirer” ceux qui, dans le monde entier, “s'acharnent à montrer la vérité et en prennent toute la responsabilité”, a affirmé Jean-François Julliard. “Comme nous vous l'avions indiqué dans notre courrier daté du 17 février 2009, la cohérence et la crédibilité de la politique extérieure des Etats-Unis dépendront de la capacité de votre administration à faire preuve de la même vigilance vis-à-vis de vos partenaires et alliés”, conclut-il. Selon le classement mondial édité par Reporters sans frontières chaque année, l'Egypte occupe la 146e place sur 173. Le pays est d'ailleurs entré dans la liste des “prédateurs de la liberté de la presse” sous le visage de Tarek Mohamed Kamel, Ministre des Communications et des Technologies de l'information, dont l'équipe accentue la répression envers la liberté d'expression dans le pays. Lire la lettre
Publié le 03.06.2009
Mise à jour le 20.01.2016