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19 يُونْيُو 2014 - تحديث 20 يَنَايَرْ 2016

Témoignage accablant d’un journaliste ougandais sur la censure dans les médias émiratis


Le journaliste ougandais Yasin Kakande a été licencié en avril dernier du quotidien émirati The National pour avoir exposé dans son ouvrage autobiographique les conditions des travailleurs migrants, et les mécanismes de censure en place dans les médias nationaux. Licencié pour avoir dénoncer la censure. Le 1er avril 2014, le journaliste ougandais Yasin Kakande a été licencié du quotidien http://www.thenational.ae , pour lequel il travaillait depuis six ans, quelques mois après la sortie de son roman autobiographique intitulé “The Ambitious Struggle: An African Journalist’s journey to hope and Identity in a Land of migrants” (Un combat ambitieux : le voyage d’espoir et d’identité d’un journaliste africain dans une terre de migrants), sorti en 2013. Contacté par Reporters sans frontières fin avril 2014, le journaliste explique que le nouveau rédacteur en chef de The National, Mohamed Al-Otaiba, lui aurait fait part - dans un entretien le 1er avril - de deux infractions qu’il aurait commises avec la publication de cet ouvrage. D’une part, Yasin Kalande n’avait pas eu l’autorisation de sa direction pour publier un tel ouvrage. D’autre part, il n’avait pas dépeint son employeur sous son meilleur jour. Sans préavis, ni autorisation de retourner dans les locaux du journal, le licenciement de Yasin Kakande a pris effet immédiatement; assorti - de fait - d’un délai d’un mois pour quitter le pays. Quant au livre, il semble être sur la liste des ouvrages interdits aux Emirats arabes unis. Le 18 juin 2014, Reporters sans frontières a contacté la direction du journal qui n’a pas souhaité faire de commentaires. Dans son livre que RSF s’est procuré, Yasin Kakande dénonce le trafic d’êtres humains, l’exploitation, les abus et le racisme dont souffrent les travailleurs migrants, les discriminations salariales aux Emirats arabes unis. “En tant que journalistes, nous ne devrions pas laisser les pauvres travailleurs immigrés se battre tout seuls pour leurs droits,” estime-t-il. “Combien d’histoires sur le sort de ces migrants avons nous décidé de reléguer au second plan voire même de mettre de côté par crainte de la réaction des autorités et d’être virés?”, s’interroge-t-il. Dans la section de son ouvrage intitulée ‘Reporting from Dubaï’, Yasin Kakande met à jour les méthodes de censure (et d’auto-censure) à l’oeuvre dans les médias aux Emirats arabes unis. Il démontre la manière dont leurs dirigeants font de facto partie du système de censure mis en place par les autorités (chapitre 35, page 141), et plus généralement la relation de cooptation entre gouvernants et médias (page 145). Il jette une lumière crue sur la difficulté de pratiquer le journalisme dans un environnement où il est préférable de ne pas divulguer les secrets, ni trop creuser certains sujets. Yasin Kakande décrit les méthodes utilisées par le dirigeant de la chaîne City 7 Mohiudin Bin Hendi à son arrivée en mai 2007 : “Il a annoncé l’interdiction de couvrir tout sujet politique, disant qu’il ne souhaitant pas avoir de problème avec les autorités du pays. Il a demandé à ce que nous ne traitions plus de sujets impliquant la police, les tribunaux ou tout autre sujet politique”. Le journaliste raconte le blacklistage de certains journalistes par les “PR people”, les porte-parole ou chargés des relations publiques d’institutions ou de personalités politiques. Il cite notamment l’exemple de son article “Buhairah Corniche Road : from bad to worst” dans lequel il détaille les conséquences négatives d’Al-Majaz project (projet d’aménagement urbain) sur la circulation à Sharjah, un des émirats des Emirats arabes unis, et suite auquel il a eu d’importantes pressions. Yasin Kakande estime que “le cadre légistif actuel alimente le cancer qui gangrène les médias aux EAU”. Il rappelle également la volonté du Conseil national fédéral de réformer, en 2009, la législation en matière de presse et publications datant de 1980. Il n’hésite pas à citer les commentaires critiques formulés par Human Rights Watch sur ce projet de loi qui prévoyait, entre autres, de criminaliser l’insulte à la famille royale et dignitaires du gouvernement. Dans un tel contexte de manque d’indépendance des médias, le journaliste souligne l’importance des réseaux sociaux. Il évoque l’arrestation de citoyens émiratis sur la base de la loi de lutte contre la cyber-criminalité... actualité non traitée par les médias émiratis. “Tout laisse à penser que Yasin Kakande a été sanctionné pour ces révélations gênantes qui n’ont visiblement pas leur place dans les médias émiratis”, déclare Reporters sans frontières. Les Émirats arabes unis figurent à la 118e place (sur 180) dans le classement 2014 de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières. Toute proximité avec les Frères musulmans y est réprimée. Deux net-citoyens qui ont relayé sur Twitter des informations relatives au procès des quatre-vingt-quatorze Émiratis accusés d’affiliation avec le parti Al-Islah ont été condamnés à de lourdes peines de prison. Les autorités avaient décidé d’interdire l’accès du tribunal aux observateurs et à la presse internationale, laissant des journalistes locaux triés sur le volet couvrir les audiences. L’Autorité de régulation des télécommunications (TRA) et les Unités de lutte contre la cybercriminalité coordonnent leurs efforts pour surveiller et censurer Internet. Fin 2012, une loi sur la cybercriminalité est venue renforcer le dispositif répressif dans un pays où l’autorité judiciaire est totalement soumise au pouvoir politique.